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Magazine


 

POINT DE VUE DE LA RÉDACTRICE
3

IN MEMORIAM
4

PUBLICATIONS
5


FAITS SAILLANTS

Un travail qui porte fruit : Carrières en patrimoine bâti
par Martha Plaine
16

La FHC célèbre 35 ans d’aide aux Canadiens qui font vivre les lieux historiques
par Lori Anglin et Natalie Bull
36


GROS PLAN
Le programme des biens de la fondation Héritage Canada
47

HÉRITAGE CANADA À L’ŒUVRE
La FHC lance « La voie à suivre : Plan d’orientation du patrimoine et de la mise en valeur »
51


RUBRIQUES

PRATICO-PRATIQUE

La restauration du parement de bois des
édifices historiques – la maison Runciman : Une étude de cas

par Andrew Powter
53

MISE À JOUR DU PATRIMOINE
61

L’ACTUALITÉ DU PATRIMOINE
65

PERSPECTIVES
68

L'archives du magazine


 


Point de vue de la rédactrice

Il y a 35 ans, le 2 avril 1973, la fondation Héritage Canada – alors connue comme étant simplement Héritage Canada – était lancée dans la salle du Conseil privé de l’édifice de l’Est sur la Colline du Parlement.

La véritable création de la FHC a toutefois sa source dans le salon d’un activiste de la conservation du patrimoine d’Ottawa, R.A.J. (Bob) Phillips, qui deviendra le premier directeur géneral de la FHC. En compagnie de sa femme Mary Anne et d’un groupe d’amis qui partagent sa passion pour le patrimoine, il met en marche une série d’initiatives qui porteront fruit localement (avec la création d’Héritage Ottawa) mais aussi dans tout le pays. Convaincu qu’il est nécessaire qu’une organisation non gouvernementale de mise en valeur du patrimoine joue le rôle d’une fiducie nationale, le groupe persévère et voit naître, au début de 1973, la fondation Héritage Canada. Depuis, nombre de professionnels de la conservation du patrimoine, tous passionnés et engagés, sont venus à la FHC pour apprendre par la pratique et pour aider à définir les buts de l’organisation. Notre article de fond, qui débute à la page 36, reprend quelques-unes de nos plus importantes réalisations de ces 35 dernières années.

Pour marquer l’anniversaire de l’organisation, la FHC célèbre les Canadiens qui gardent les lieux historiques bien vivants – qu’ils soient restaurateur de plâtres décoratifs, promoteur versé dans la réhabilitation de l’histoire urbaine, ou activiste pour la préservation des monuments locaux. Ces personnes contribuent à la conservation du patrimoine d’une manière bien concrète, en mettant la main au mortier et au plâtre en quelque sorte. Pour connaître leur étonnante histoire, allez à la page 16.

La rubrique Pratico-pratique de ce numéro présente le second article de la série sur l’entretien et la préservation des parements de bois des édifices historiques. Il s’agit d’une étude de cas portant sur les méthodes de restauration des parements utilisées lors de la réfection de la maison Runciman, une propriété patrimoniale de la FHC située à Annapolis Royal (Nouvelle-Écosse) et âgée de 200 ans. L’article débute à la page 53.

Si vous avez vécu des moments particulièrement mémorables avec la FHC, j’aimerais beaucoup que vous m’en fassiez part. On peut me joindre par courriel à cquinn@heritagecanada.org ou en téléphonant à la fondation.

Carolyn Quinn, Rédactrice


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Un travail qui porte fruit: Carrières en patrimoine bâti

Dans un atelier de Toronto, Jean-François Furieri est penché au-dessus d’une table à dessin, un crayon à la main. D’un geste assuré, il esquisse des couronnes, des rosettes et des guirlandes. Lorsqu’il juge le dessin satisfaisant, il se rend à l’ordinateur pour obtenir l’image plus précise qu’il recherche pour la restauration des plâtres décoratifs devant orner le balcon d’un théâtre historique.

Dans un autre coin de l’atelier, des apprentis versent du plâtre liquide dans des moules faits sur mesure pour réaliser une frise détaillée faisant partie du même projet de restauration.

À Québec, Tania Martin rencontre de futurs étudiants pour leur parler d’un cours qu’elle donnera l’été prochain. Tania est spécialisée dans le patrimoine religieux et le cours en question traitera des défis que présente la préservation des églises d’une collectivité – la préservation des structures, mais aussi la préservation des souvenirs qu’elles évoquent et qui donnent toute leur valeur à ces lieux sacrés.

À Victoria, le planificateur principal en conservation du patrimoine Steve Barber est prêt à livrer bataille si nécessaire. La construction est en plein boom et la valeur des propriétés atteint des sommets, et Barber est bien conscient de ce que cela implique pour les édifices historiques.

Les projecteurs sont habituellement tournés vers les édifices quand il s’agit de conservation du patrimoine. Rarement sont-ils dirigés vers les gens qui se consacrent corps et âme à la restauration et à la réhabilitation de ces précieux lieux historiques que sont l’immeuble Lougheed à Calgary, le Théâtre Pantages à Toronto ou la Bibliothèque du Parlement à Ottawa.

Ces gens composent un groupe hétéroclite : urbanistes, ingénieurs, promoteurs, architectes, techniciens, designers, artisans et gens de métier.

En revanche ils partagent le même amour pour l’histoire et l’architecture. Il s’avère qu’ils ont également en commun une propension pour l’innovation, l’adaptation et l’utilisation de nouvelles technologies pour préserver ce qui est historique.

Peu importe le travail qu’ils font, ces professionnels, ces gens de métier et ces bénévoles s’accordent à dire que le plus bel aspect du travail est la satisfaction de savoir que leur travail porte fruit.

L’homme aux talents multiples du patrimoine

La journée typique de travail n’existe pas pour Donald Luxton. Un jour il offre des conseils sur les couleurs des peintures d’époque dans le quartier Point Grey de Vancouver. Grimpé à une échelle adossée à une maison de style « Arts and Crafts », on le voit en train de prélever un éclat de peinture sur une lucarne. De retour à son bureau, il examinera la peinture au microscope.

Le lendemain, il fait de la recherche dans un cimetière de l’île de Vancouver. Muni d’un carnet et d’un crayon, il examine les pierres tombales, les sculptures couverts de mousse et le dessin que forment les sentiers, les massifs de fleurs et d’arbustes, tout en prenant des notes.

Il peut tout aussi bien être en train de donner un cours sur les principes relatifs au patrimoine à l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique ou en train de présenter un diaporama sur le pont Lions Gate, le design art déco ou les premiers architectes de la Colombie-Britannique. De fait, il a écrit des livres sur ces trois sujets.

La passion de Donald pour l’histoire et l’architecture s’est traduite par une pratique fort occupée en tant qu’architecte et consultant en conservation du patrimoine. L’intérêt qu’il porte aux édifices remonte à son adolescence. Mais ce n’est qu’en 1974, au moment où l’immeuble Birks – un édifice de onze étages, construit en 1913 et véritable monument – est démoli pour faire place à une nouvelle tour bancaire, que l’histoire de l’architecture attire son attention. Ce fut un moment décisif et désormais il s’emploiera à empêcher que de telles destructions aient lieu sans raison.

Après ses études en architecture à l’Université de Colombie-Britannique, Donald s’engage dans un domaine inexploité : la conservation du patrimoine. Il trouvera là un terrain fertile pour agir à titre de conseiller, enseignant et auteur.

Parmi les succès qu’il a remportés dans sa carrière, on compte le projet d’habitations communautaires de Mole Hill. En effet, après sept années de dur labeur, les 27 maisons patrimoniales de Mole Hill, autrefois mal tenues que la ville de Vancouver destinait à la démolition, se retrouvent préservées, repeintes aux couleurs d’origine et converties en logement social. Des services communautaires, un centre pour les personnes atteintes du VIH/sida, des jardins collectifs et un projet de recyclage font partie des atouts du projet de Mole Hill. Le projet est un modèle de réaménagement intelligent et de logements sociaux réussis.

Mais pour quelle raison Donald prélève-t-il de la peinture sur des douzaines de maisons de style « Arts and Crafts », édouardien, victorien ou autres? Pour un projet de la Vancouver Heritage Foundation et des peintures Benjamin Moore visant à créer la palette des 35 couleurs originales de Vancouver. Chaque année, des propriétaires de maisons patrimoniales sélectionnées bénéficient d’une consultation sur la valeur patrimoniale de leur maison, d’une analyse de la peinture de leur demeure et reçoivent de la peinture.

Les peintures Benjamin Moore sont la société commanditaire et, aujourd’hui, les rouges, les sable et les gris nommés Hastings Red, Mount Pleasant Tan et Point Grey sont en demande même par les propriétaires qui ne font pas partie du programme.

Un promoteur immobilier pour qui le patrimoine s’avère un bon placement

Pour Neil Richardson de Calgary, les premiers pas dans l’aménagement d’immeubles à vocation patrimoniale ont été accidentels.

C’est en cherchant des locaux à bureaux au centre-ville de Calgary, alors qu’il est avocat spécialisé en droit commercial, qu’il tombe sur un immeuble à prix abordable. C’est ainsi qu’en 1994, il achète à bon prix l’édifice de la banque Toronto Dominion construit en 1911 et qu’avec son père – ingénieur en structures – devenu son associé, la Heritage Property Corporation voit le jour.

Dans le monde de l’immobilier, ce qui compte ce sont davantage les bénéfices nets et non la pierre de grès historique ou les façades restaurées. Toutefois, Neil répète qu’il est très rentable du point de vue financier – mais aussi du point de vue social – de préserver un édifice historique. Les défis portent sur la mise à niveau de l’édifice aux normes des codes, la préservation de la structure historique et la découverte d’une vocation appropriée à l’édifice restauré.

L’un des projets les plus ambitieux de la Heritage Property Corporation est la préservation du réputé immeuble Lougheed à l’angle de la 6e Avenue et de la 1re Rue Sud-Ouest. Le Lougheed a été bâti en 1913 dans le style de l’école de Chicago. En 2000, le propriétaire d’alors avait obtenu un permis pour démolir l’édifice de même que l’immeuble adjacent, le Théâtre Sherman Grand, afin d’ériger sur le site une tour d’habitations en copropriété de 22 étages. Cela semblait un fait accompli.

Mais c’était sans compter sur la campagne populaire menée en vue de sauvegarder les deux immeubles ni sur l’incendie quasi-désastreux de 2004 qui ont achevé de convaincre le propriétaire de vendre. Les Richardson ont acheté l’édifice et l’ont fait porter au registre des propriétés historiques.

L’achat du Lougheed était une chose. Le financement de la restauration en était une autre. Il s’est avéré que l’édifice était admissible à une subvention du gouvernement fédéral d’un million de dollars relevant du Fonds pour favoriser les propriétés patrimoniales commerciales, un programme qui faisait partie de l’Initiative des endroits historiques de Parcs Canada et qui a été interrompu en septembre 2006. Cet argent du gouvernement fédéral a été appuyé par des incitatifs fiscaux de la ville et des subventions de contrepartie de la province.

À l’automne 2007, les planchers de marbre de l’immeuble Lougheed étaient entièrement restaurés et l’intérieur, remis à neuf. Neil y a installé son nouveau bureau et un cabinet d’avocat y a aussi emménagé. Le Théâtre Grand, la vieille salle de vaudeville qui avait autrefois accueilli les Sarah Bernhardt, Paul Robeson et les frères Marx, a rouvert ses portes au théâtre pour le XXIe siècle.

Un maître plâtrier donne libre cours à son imagination avec du gypse et de l’eau

Jean-François Furieri est de la troisième génération de maître plâtrier. Il a appris le métier de son père et de son grand-père à Cannes, en France. Aujourd’hui, sa grande dextérité lui vaut d’être en demande partout en Amérique du Nord.

Sa firme, Iconoplast Designs Inc. de Toronto, restaure les plâtres décoratifs et architecturaux qui ornent les colonnes, frises, plafonds et balcons de quelques-uns des plus beaux édifices patrimoniaux d’Amérique du Nord.

Les projets réalisés comprennent le One King West, le Musée royal de l’Ontario et le Théâtre Pantages à Toronto. À New York, les plâtres d’Iconoplast ornent le Selwyn Theatre, le Lyric/Apollo Theatre et la Manhattan Opera House.

Le travail du plâtre est un art ancien, l’un des plus vieux des métiers de la construction. Les documents archéologiques font remonter le plâtre décoratif à plus de 4 000 ans à l’époque des pyramides égyptiennes. Les plâtriers qualifiés sont les dinosaures des métiers de la restauration et, comme eux, ils pourraient bien disparaître, craint Jean-François.

Mais le maître fait tout pour assurer la pérennité de cet art ancien.

Il faut de longues années d’étude et de pratique pour apprendre le métier. Jean-François emploie six apprentis pour le seconder dans tous les aspects du travail, de la conception en atelier et du gâchage pour obtenir un plâtre parfait, jusqu’à l’assemblage.

Le travail est physiquement exigeant. On passe des heures tout en haut des échafaudages, les bras tendus au-dessus de la tête à stabiliser le plâtre ou à remettre en place les plafonds, frises et médaillons décoratifs. Le talent artistique est certes une qualité fondamentale, mais il faut aussi être fort en math et en chimie et savoir aborder son travail avec un esprit analytique.

« La beauté de ce métier, c’est qu’à chaque nouveau projet j’apprends quelque chose » raconte Jean-François. « Quand je restaure un plâtre, j’essaie de comprendre ce qui l’a inspiré et comment il a été réalisé. »

C’est un métier qui est à la portée des femmes. Père de quatre filles, Jean-François aimerait bien que l’une d’elles poursuive la tradition familiale.

Garder les lieux sacrés bien vivants

À Québec, Tania Martin rencontre de futurs étudiants pour leur parler d’un voyage d’étude sur le patrimoine bâti et la conservation. Les étudiants sont inscrits au programme de maîtrise en architecture, mais Tania espère que le cours attirera également des étudiants d’autres disciplines. Historiens et géographes sont invités.

Dans le cadre du cours, on mesurera et on photographiera deux églises datant du début du XXe siècle et appartenant à deux paroisses voisines dans la région de Gaspé, l’une catholique francophone, l’autre anglicane anglophone. Les étudiants devront consulter les archives, les cartes et les documents de la paroisse et faire des entrevues. Cette dernière activité – les entrevues pour recueillir les histoires orales – est cruciale, souligne Tania. En effet, ce sont souvent les souvenirs et les histoires orales qui transmettent aux lieux sacrés leur véritable valeur.

Tania est professeure adjointe en architecture à l’Université Laval à Québec. Elle est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le patrimoine religieux bâti et membre de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Encore en début de carrière, ses recherches portent sur la signification et l’importance des lieux sacrés au Canada.

Un urbaniste chevronné champion des incitatifs fiscaux

Steve Barber, un vétéran de la planification en conservation du patrimoine, voudrait éviter que d’autres édifices historiques ne soient démolis.

La ville de Victoria en Colombie-Britannique connaît un boom de la construction. La valeur des propriétés grimpe, comme le font les tours et les condos. En tant que planificateur principal en conservation du patrimoine de la ville, Steve est conscient que les pressions exercées par le réaménagement mettent en péril des édifices historiques.

Les immeubles les plus à risques sont ceux de l’époque moderniste qui ont été construits entre 1945 et 1975. Steve a commandé un relevé de ces bâtiments afin que le département d’urbanisme puisse évaluer leur valeur patrimoniale. Neuf ou dix des bâtiments les plus remarquables seront ensuite sélectionnés pour être désignés biens patrimoniaux.

Victoria a procédé de la même manière pour désigner plusieurs édifices de style victorien, édouardien, italianisant et « Arts and Crafts ». Mais le patrimoine bâti de la ville serait incomplet sans une bonne représentation de la période moderniste.

« Le patrimoine ne s’arrêta pas en 1945 », rappelle Barber.

Diplômé en études environnementales et en design, Steve entame sa carrière en conservation au département de l’urbanisme de la ville de Winnipeg. Entre autres projets, il doit rédiger les lignes directrices pour l’aménagement du quartier historique de la Bourse. Il note les préoccupations des entrepreneurs qui ne voient pas quel avantage il y aurait à intégrer des magasins et des services à un quartier patrimonial d’entrepôts et d’édifices commerciaux.

Au terme du projet, même les plus sceptiques ont bien vu qu’une restauration intelligente pouvait donner un coup de fouet au secteur du commerce de détail, accroître le tourisme, rehausser la valeur des propriétés et permettre à la ville de percevoir plus de taxes.

Steve travaille au service de l’urbanisme et du développement de Victoria depuis vingt ans. Lorsqu’il arrive de Winnipeg, il trouve à Victoria une ville déjà dotée d’un système de subventions pour les propriétaires de biens patrimoniaux.

Il aide alors la ville à développer un programme d’incitatifs fiscaux pour la conversion d’édifices commerciaux en bâtiments résidentiels. Le programme d’incitatifs fiscaux est entré en vigueur en 1990 et les résultats ont été spectaculaires : 16 édifices du centre-ville ont été réhabilités, 305 nouveaux logements ont été créés et les retombées économiques ont atteint 63 millions de dollars.

En 2001, Victoria s’est vu accorder le Prix du prince de Galles pour leadership municipal en matière de patrimoine par la fondation Héritage Canada.

Néanmoins, malgré tous les succès qu’ont remportés la protection et la planification du patrimoine à Victoria, Steve regarde avec un oeil d’envie ce qui se passe aux États-Unis, où des mesures de dégrèvement fiscal pour la réhabilitation des biens patrimoniaux existe depuis 1976.

Un roi du cuivre et de l’étain

Cameron Forbes est vice-président de Heather & Little, une firme torontoise spécialisée dans la fabrication de feuilles de métal. Au royaume de la tôlerie patrimoniale – notamment en cuivre – Heather & Little est roi.

Les oeuvres de la compagnie couronnent certains des plus prestigieux édifices patrimoniaux du Canada : les toitures en cuivre de l’édifice du Centre sur la Colline parlementaire, de la Bibliothèque du Parlement, de la Cour suprême du Canada et du Château Laurier à Ottawa, l’Hôtel de Ville de Toronto et l’édifice de l’Assemblée législative de Winnipeg. On peut également mentionner d’autres projets de haut niveau comme l’Hôtel de Ville de San Francisco, le Memorial Hall de l’Université Harvard et la Bibliothèque du congrès américain à Washington.

C’est Heather & Little qui a donné à Cameron sa première chance en l’engageant comme apprenti. À force de travail, d’habileté et de détermination, il a pu se tailler une place au sommet de la compagnie et ainsi l’amener à concentrer ses activités sur la restauration patrimoniale.

Pourtant Cameron a bien failli ne pas aller dans cette voie. Après des études secondaires, il fait mille et un boulots sans jamais trouver un travail qui l’intéresse vraiment. Il s’inscrit finalement au George Brown College pour y apprendre le travail de tôlier. C’est lors d’un stage de travail à l’Exposition nationale canadienne à Toronto qu’il est appelé à restaurer des toitures, des lanterneaux, des corniches et des soffites pour des édifices historiques et aussi à réparer des alliages d’étain et d’acier galvanisé. Pour la première fois, il est complètement absorbé et fasciné par les éléments historiques qui sont à sa portée. La tôlerie patrimoniale devient bientôt sa passion.

Ce qui plaît le plus à Cameron dans ce métier c’est le défi intellectuel que chaque projet apporte. Ainsi, pour les édifices du Parlement, l’équipe de Cameron a mis au point un système d’assemblage par pliage pour les feuilles de cuivre de gros calibre. Les anciens joints brasés avaient gauchis et cédés avec la fluctuation des températures.

« Quand on termine un projet comme les lucarnes de l’édifice de l’Assemblée législative de Fredericton au Nouveau-Brunswick ou les édifices du Parlement à Ottawa, on sait que ce sera encore là dans 100 ans » assure-t-il. Il n’y a pas plus belle satisfaction.

Encourager les bénévoles au Canada

En 1983 une tempête s’abat sur les côtes du Cap-Breton près d’Ingonish. Pendant la nuit, les vagues viennent frapper le vieux phare et l’emportent. Heureusement aucune vie n’est prise. Le phare n’était plus en service actif, mais personne, apparemment, ne connaît son histoire. La perte du phare attire l’attention de Barry MacDonald qui vit à Dartmouth, mais qui est originaire du Cap-Breton.

Aujourd’hui il est bénévole auprès de la Nova Scotia Lighthouse Preservation Society. L’une des campagnes les plus importantes que la société a livrées concerne l’adoption de la Loi visant à protéger les phares patrimoniaux. Le Canada compte toujours 600 phares. Cinquante de ces phares ont encore un gardien à demeure. Le ministère des Pêches et des Océans n’a plus les fonds nécessaires pour entretenir les phares.

Plusieurs tombent en ruine. D’autres ont été démolis, incendiés ou vandalisés.

La nouvelle législation permettra à des groupes communautaires sans but lucratif d’assumer la responsabilité et l’entretien des phares. Des groupes en Nouvelle-Écosse, au Québec et ailleurs au pays le font déjà. Des phares ont été convertis en musée historique, café, auberge et centre d’interprétation pour les touristes. Le Québec fait la promotion de la Route des phares à l’intention des touristes et des associations à but non lucratif s’occupent de 20 des 43 phares que compte la province.

Le type de législation que Barry et d’autres voudraient voir adopté, viserait à protéger les phares, à l’image de ce qui existe pour les gares ferroviaires historiques.

Cependant la campagne se bute à des problèmes malgré les solides appuis que lui ont apportés la sénatrice Pat Carney et la fondation Héritage Canada. Le projet de loi a été maintes fois renvoyé au Sénat ou à la Chambre des communes en raison d’élections ou d’autres délais de procédure. Aujourd’hui le projet de loi S-215 est à l’étude à la Chambre et Barry rallie encore ses troupes à la défense du projet.

Barry fait remarquer les divers matériaux entrant dans la construction des phares – les structures de fer de Terre-Neuve, celle en pierre et en granit comme à Sambro dans le port d’Halifax ou celle en pierre calcaire des phares impériaux de la baie Georgienne. Aucune autre image de notre patrimoine bâti n’évoque avec autant de force l’idée de la solitude, de la nostalgie romantique et du passé.

« Nous ne le faisons pas seulement pour nous, nous le faisons aussi pour nos enfants et nos petits-enfants » dit Barry. « Le patrimoine que constituent les phares nous relie à ce qui était là avant nous. Les phares sont magiques et nous voulons voir la magie se perpétuer. »

Martha Plaine est une rédactrice établie à Ottawa et s’intéresse à l’architecture, aux voyages, au tourisme et aux arts.

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