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Conserver le parement en bois des immeubles historiques



Conserver le parement en bois des immeubles historiques
par Andrew Powter

Nous pensons souvent que le bardage est un phénomène moderne, mais on y recourt sous une forme ou une autre depuis des siècles. La préservation du caractère historique du bardage traditionnel d’immeubles plus anciens peut poser des difficultés aux professionnels du patrimoine.

Le bardage est habituellement utilisé pour recouvrir des murs verticaux (ou presque verticaux). Il a d’habitude pour fonction de protéger le bâtiment des intempéries, mais il peut aussi être décoratif.

On trouve sur les bâtiments du bardage d’une grande variété de matériaux, de formes et de dimensions. Un type de bardage est parfois utilisé en combinaison avec un second. Il y a des bardages aux planches horizontales ou verticales, des bardeaux en asphalte ou des matières semblables comme l’Insulbrick, des bardeaux d’amiante-ciment et du métal en feuille ou en panneau.

Comme toute composante d’un bâtiment, le bardage est exposé à diverses forces naturelles qui entraînent une détérioration exigeant périodiquement de l’entretien et des réparations. De nombreux propriétaires veulent éviter le coût et la peine de l’entretien du bardage, et optent pour un recouvrement en matériaux exigeant peu d’entretien comme le vinyle ou l’aluminium. Quels sont les avantages et inconvénients de cette solution controversée pour le bardage d’un bâtiment historique?

Parement en bois et caractère patrimonial

Le bardage varie selon la période de construction ainsi que la technologie, les matériaux et les compétences disponibles, et il traduit les tendances stylistiques, la mode, le climat et l’évolution industrielle. Récemment, le choix de bardage a été influencé par le marketing et les transports. Par exemple, au Canada du 19e siècle, les bardeaux de cèdre rouge de l’Ouest provenant de Colombie-Britannique ont en grande partie remplacé d’autres types après la construction du chemin de fer transcanadien.

Les choix en matière de bardage pour les immeubles historiques sont donc des facteurs importants pour situer leur appartenance à une collectivité, une région et une époque, et par conséquent leur caractère patrimonial. Par exemple, les immeubles résidentiels d’avant la Première Guerre mondiale qu’on trouve encore dans l’ouest de Vancouver sont parmi les rares témoins de l’époque où l’économie de la vie était axée sur le bois d’oeuvre.

Maintenir et entretenir un bardage de bois authentique

« Systèmes » de bardage

Un « système » de bardage en bois comprend habituellement une surface de protection contre les intempéries (le bardage lui-même), qui est fixée à une surface (comme des planches, des lattes ou des entretoises) par des attaches (généralement des clous). Le bardage est habituellement enduit d’un revêtement protecteur comme de l’huile, de la teinture, du lait de chaux ou de la peinture. Une certaine forme de protection contre le vent (écorce, papier kraft, Tyvek, etc.) est souvent posée derrière le bardage. Du mastic recouvre et protège les fixations. Un parement en bois est d’habitude posé à l’horizontale (biseauté, fendu, longues planches, courtes planches, bord profilé, à gorge, dénivelé, avec feuillures), à la verticale (planches simples, planches avec couvrejoints, planches bouvetées) ou sous forme de bardeaux.

Menaces et formes de détérioration

Le bardage se détériore lorsque de l’humidité s’y introduit et qu’il manque de ventilation, ce qui entraîne une dégradation et permet aux insectes de s’y attaquer. Le bardage vertical est particulièrement susceptible si le grain de l’extrémité inférieure n’est pas scellé. Si le bardage n’est pas protégé par un enduit bien entretenu comme la peinture, il se détériore sous l’effet des intempéries (cycles de mouillage et de séchage, rayons ultraviolets, abrasifs véhiculés par le vent). La couleur change graduellement de celle du bois frais au gris tiède des planches de grange.

Les autres forces, comme les impacts, sont beaucoup moins dommageables

L’agent de détérioration qui est peut-être le plus problématique est la peinture. La peinture peut s’accumuler avec le temps jusqu’à former une couche épaisse, imperméable et rigide. Celle-ci empêche l’expansion et la contraction naturelles du bardage et peut faire en sorte que le bois fende ou se fissure. Une épaisse couche de peinture peut elle-même se fissurer et fendre (on dit qu’elle forme une « peau d’alligator ») puisque ses taux d’expansion et de contraction sont différents de ceux du bois sur lequel elle repose. Si un bâtiment a été repeint trop souvent ou s’il n’a pas été préparé convenablement avant d’être repeint, il arrive une fois, peut-être après 100 ans ou plus, où l’accumulation excessive de peinture doit être enlevée pour exposer le bois nu. L’application d’une nouvelle couche de peinture et plus encore le décapage suivi de la peinture peuvent eux-mêmes créer une menace. C’est alors que de nombreux propriétaires recourent à un entrepreneur en revêtement en aluminium ou en vinyle.

Réparation et conservation

Un programme de réparation du bardage donne au propriétaire une occasion d’examiner son bâtiment à la loupe afin de repérer les fentes, de remettre en place les clous sortis, de recouvrir les têtes de clous de mastic et de procéder à d’autres opérations d’entretien. Bien que de petites réparations puissent être effectuées avec le bardage en place, il est souvent préférable de réparer le bardage sur un établi pour améliorer l’ajustement et l’encastrement.

Les planches de bardage peuvent être repeintes individuellement en enlevant le matériau détérioré jusqu’à un bord solide et droit, et en faisant les réparations nécessaires au moyen de flipots et autres pièces rapportées. Il faut toujours utiliser un bois d’une essence semblable, ayant la même densité et avec le grain orienté dans le même sens. Des adhésifs résistant à l’humidité produisent les réparations les plus durables.

Si une planche de bardage est détachée, on peut la refixer à son montant en utilisant un clou de dimension semblable à l’ancien. On enlève l’ancien clou et on remplit le trou. Il faut veiller à ne pas clouer de trop près des planches légèrement bombées parce qu’elles pourraient se fendre.

On enlève les planches de bardage en retirant les clous exposés et en utilisant une lame de scie pour couper par l’arrière les clous dissimulés. Des précautions s’imposent pour éviter d’endommager les planches adjacentes.

La tâche est plus facile avec un bardage biseauté qu’avec bardage à gorge ou à planches bouvetées. Pour ces profils plus complexes, les réparations sur place peuvent être préférables. Pour effectuer plusieurs réparations, il peut être nécessaire de démonter une petite longueur de planche sous l’endroit voulu pour obtenir assez de place pour manoeuvrer. En outre, l’intérieur de la rainure peut devoir être sacrifié pour poser la nouvelle planche finale. Une fois que la planche est réparée ou que la nouvelle planche est fabriquée, elle peut être glissée sous la planche supérieure et fixée en place. Mieux vaut s’en tenir à un clou par montant pour permettre un certain mouvement. À noter, l’endos du bardage devrait toujours être apprêté avant d’être mis en place.

Réfection

Lors de la peinture de bois extérieur, la préparation est l’étape la plus importante. On gratte la peinture détachée et on sable la surface pour donner une prise au nouvel enduit. La poussière doit être essuyée. Un couvre-noeuds de première qualité doit être appliqué sur les noeuds exposés. Même un noeud de 100 ans paraîtra, donc il importe de le sceller. On applique un apprêt à l’huile puis deux couches de peinture de finition à l’huile ou au latex.

Si le bois a perdu la plus grande partie de sa peinture et est très altéré, il faut bien le poncer pour éliminer les fibres de bois qui se détachent. Après avoir brossé la surface pour la nettoyer, on applique une couche composée d’huile de lin bouillie et de diluant à parts égales, pour conditionner le bois.

La peinture qu’on enlève peut contenir du plomb. Il faut donc la soumettre à des essais pour s’assurer de respecter les exigences relatives à la santé, à la sécurité, au confinement et à l’élimination des déchets.

Les propriétaires peuvent choisir de recouvrir un nouveau bardage directement au-dessus de l’ancien. Le stuc, l’Insulbrick et les tuiles d’amiante-ciment ont tous eu leur période en vogue. De fait, certains de ces matériaux commencent à être appréciés pour leurs propres qualités. Depuis les années 1960, les parements en vinyle et en aluminium ont souvent été envisagés pour préserver les matériaux historiques. L’industrie du parement en vinyle propose de nombreux produits aux propriétaires d’immeubles patrimoniaux (voir www.vinylsiding.org).

Cette tendance est controversée. Quels sont les facteurs à prendre en compte?

Entretien et coût

Préparer et peindre une maison en bois peut être une tâche intimidante, mais on peut atténuer la difficulté en prévoyant des retouches au bout de cinq ans et une nouvelle couche générale tous les sept ans ou plus.

Le parement en vinyle ou en aluminium dure environ 20 à 25 ans, soit l’équivalent de deux à quatre applications de peinture. Selon des données américaines, le revêtement en vinyle coûte environ deux fois et demie une peinture complète.

Par ailleurs, le vinyle et l’aluminium ne sont pas sans exiger d’entretien, surtout sur les bâtiments patrimoniaux qui n’ont pas été conçus en fonction de ces matériaux.

La moisissure peut proliférer sous le parement. De nombreux propriétaires tentent de régler ce problème en utilisant des nettoyeurs à haute pression. Cependant, le parement est conçu en vue d’éliminer l’eau venant d’au-dessus; en lavant par en dessous, on peut faire remonter de l’eau derrière le parement et faire pourrir le bois.

Résistance aux impacts

Ceux qui s’opposent au parement de vinyle et d’aluminium affirment souvent que ces matériaux sont vulnérables aux impacts et difficiles à réparer. Bien qu’il soit extrêmement difficile de remplacer du bardage, il est sans doute rare d’avoir à le faire.

Considérations environnementales

La peinture, le vinyle et l’aluminium sont fabriqués avec des ressources non renouvelables. Comment l’énergie intrinsèque requise pour fabriquer et livrer la peinture se compare-t-elle à celle nécessaire pour produire l’aluminium et le vinyle? Il est difficile de le préciser, mais nous savons que le bois coupé et mis en place 100 ans plus tôt n’exige aucune énergie ou ressource non renouvelable.

Le parement en aluminium ou en vinyle ne réduit pas les coûts de chauffage. La valeur R d’un bardage avec endos varie au mieux de R0 à R2,5 – soit environ l’équivalent d’une vitre.

Ces matériaux ne produisent pas d’économies énergétiques. L’aluminium peut être recyclé, mais pas le vinyle. En outre, le vinyle émet des fumées toxiques et des substances carcinogènes en brûlant.

Protection

Certains soutiennent que les produits de recouvrement du bardage protègent les matériaux historiques, mais c’est un faux-fuyant. La pose d’un recouvrement du bardage est très dommageable en raison du nombre de fixations, du couronnement, du rognage et de l’élimination de détails nécessaires à une pose convenable.

Dissimulation

Recouvrir le bardage d’un immeuble historique dissimule des dommages qui devraient être réparés. Il faut souvent utiliser des raccords et branchements non standardisés. Le calfeutrage joue souvent un rôle important dans la nouvelle finition. Avec le temps ces détails connaissent des défaillances, ce qui crée des entrées d’eau et contribue à la détérioration des matériaux sous-jacents. J’ai déjà trouvé une poutre et une colonne d’un porche qui s’étaient rompus 20 ans après avoir été recouverts d’aluminium.

Caractère patrimonial

Recouvrir le bardage d’un immeuble historique signifie que son caractère patrimonial sera compromis pendant les 20 à 30 années suivantes. Il y a diverses raisons à cela.

Le parement en aluminium ou en vinyle est fabriqué dans une vaste gamme de largeurs et de couleurs, mais il est rare de trouver des profils historiquement fidèles. Le fini grené optionnel ressemble davantage à du bois passé au jet de sable qu’à un parement historique. Le profil à double planche est un détail inexact qu’aucun ouvrier spécialisé ne reproduirait.

La plus grande préoccupation est l’effet radical que ces matériaux peuvent produire sur les détails d’un bâtiment. Faute de précautions suffisantes, la largeur des planches ne respectera pas les dimensions régionales, réduira la projection des fenêtres ou des portes ou obligera à supprimer des moulures historiques ou des projections gênantes.

Pour de plus amples renseignements sur la question du parement en vinyle, voir Vinyl Siding: The Real Issues, du Connecticut Trust for Historic Preservation à www.cttrust.org.

En 2007, la fondation Héritage Canada a entrepris de réparer le bardage de l’historique maison Runciman à Annapolis Royal (Nouvelle-Écosse). L’immeuble est recouvert de bardeaux de bois sur deux côtés et à l’arrière, et de bardage à gorge avec bourrelet à l’avant, qui comporte deux baies courbées. Un prochain article dressera un bilan de toutes les réparations décrites dans ce texte.

Andrew Powter a participé à des programmes et projets nationaux et internationaux touchant le patrimoine. Il s’intéresse en particulier aux structures de bois historiques, au rendement de l’enveloppe des bâtiments et aux pratiques durables de conservation du patrimoine.

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